Ils et elles étaient 13. 13 jeunes du lycée Martin V, accompagné.es de deux profs et de deux animatrices Asmae. Direction Couvin, au domaine Saint Roch, dans cette éco-lieu au nom déjà prometteur : Les Passerelles. Une semaine d’immersion citoyenne baptisée Semer la transition. Clap de début.
Dès l’arrivée, le ton est donné. Ici, on ne consomme pas le lieu, on en prend soin. Feu à entretenir, repas à préparer, espaces à ranger… Chacun.e met la main à la pâte. Parfois littéralement.
Les premiers ateliers posent les bases. On parle valeurs, celles qui nous guident, celles qui parfois s’entrechoquent. Spoiler : on n’est pas toujours d’accord, et c’est ok. Les discussions prennent de la profondeur. On réalise en effet que nos réalités diffèrent selon notre genre, notre origine, notre milieu. Ça secoue un peu, mais c’est nécessaire.
Le matin, certain.es émergent doucement, d’autres beaucoup moins. Heureusement, la gym matinale – animée par les jeunes eux-mêmes – remet tout le monde en mouvement. Parce qu’un corps réveillé, c’est déjà une petite victoire.
Consigne de cette première matinée, imaginer une assiette saine, durable et locale. Résultat ? Une pizza aux petits pois et copeaux de coco. Oui, ça existe. Non, on ne sait pas encore si ça deviendra une tendance. Mais une chose est sûre : ils et elles se sont donné.es à fond, et c’est bien là l’essentiel.
La semaine est aussi marquée par des rencontres. Au centre Fedasil, les jeunes découvrent d’autres parcours de vie. Visite, échanges, crêpes partagées (merci la Chandeleur) et même un karaoké improvisé. Les classiques traversent toutes les frontières bien sûr et sont fédérateurs.
On remonte ensuite le fil de nos vêtements, du coton au magasin. L’atelier sur la fast fashion met en lumière des réalités moins glamour. Conditions de travail, inégalités… ça questionne. Et ça agit : place à la sérigraphie avec Art is Show. Chacun.e imprime le symbole du séjour, un tournesol, avant de transmettre à son tour à d’autres jeunes. Apprendre, puis partager. Simple, efficace.
Et puis vient la grande question : s’engager, oui, mais comment ? À travers la mosaïque de l’engagement, chacun.e explore ses leviers d’action. Rejoindre un collectif, manifester, cultiver son potager ou simplement s’informer. Pas besoin de tout changer d’un coup. L’important, c’est de commencer quelque part.
Les échanges continuent lors des ateliers de conversations avec des personnes inspirantes du lieu. Des parcours de vie qui bifurquent, des choix assumés. Aurélie, par exemple, ancienne volontaire devenue gardienne des Passerelles, incarne ce possible-là. Ça fait réfléchir. Et parfois, ça donne envie.
Entre deux réflexions, il y a aussi la vie du lieu. Les balades avec Philippe et ses secrets de forêt. Marcher pieds nus sur des roseaux coupés (aie, ça pique). Sortir de sa zone de confort, se soutenir, avancer malgré tout. Il fait froid, parfois. Mais on tient bon.
Il y a les moutons, un peu désorganisés, et les jeunes chiens de berger qui courent dans tous les sens. Un joyeux chaos, finalement assez représentatif de la semaine.
Au maraîchage, avec Jonathan, on transporte du foin, du fumier… et contre toute attente, ça plaît. Comme quoi, il suffit parfois d’essayer pour aimer.
Et puis il y a ces moments plus calmes. L’école du dehors avec les enfants de l’école démocratique, les observations dans la nature, les pelotes de réjection de hiboux qu’on analyse avec curiosité. On ralentit, on observe, on ressent.
Les soirées, elles, oscillent entre loup-garou, échecs et kicker. Parce que la cohésion, ça se construit aussi en jouant évidemment.
La semaine se termine avec le privilège de l’autre. Un moment suspendu. Chacun.e écoute, puis offre une parole à l’autre. Une éloge, un regard, une reconnaissance. Ils et elles ne se connaissaient pas forcément au départ. Quelque chose a changé.
Semer la transition, ce n’est pas juste un nom. C’est une expérience. Et visiblement, quelques graines ont bien pris.





