Ils et elles pensaient partir un jour. En réalité, le voyage avait déjà commencé bien avant.
Pas au Sénégal. Pas dans l’avion. Mais un mercredi de septembre, dans une salle de classe de l’Athéne Royale de Jean Absil, à Bruxelles, là où seize jeunes se sont rencontré.e.s sans vraiment savoir ce qui les attendait. Ce jour-là, on ne parle pas encore de paysages ou de chaleur, mais d’attentes, de craintes, de valeurs. Leur projet de rencontre interculturelle connait ces premières heures. Pourquoi je suis là ? Qu’est-ce que je suis prêt.e à voir changer en moi ?
Au fil des moments d’animation et de préparation, le groupe se façonne
Il y a ces après-midis où l’on apprend en jouant, où les notions de stéréotypes, de préjugés et de discriminations prennent corps. Où l’on réalise que nos regards ne sont jamais neutres. Que chacun.e porte déjà une manière de voir le monde, parfois héritée, parfois jamais questionnée.
Il y a aussi ces moments où l’on ouvre plus grand. Une chanson, une discussion, un débat qui dérange un peu. On parle de rapports de domination, de réalités différentes selon où l’on naît. Ce ne sont pas des conversations légères, mais elles deviennent nécessaires.
Puis vient ce week-end à part. Un moment dense, collectif, où les repères s’élargissent encore, le weekend commun Move With Africa. Des jeunes venu.e.s d’un peu partout, qui vont vivre des projets de rencontre aussi, des ateliers à choisir, des expériences qui marquent. On y vit des mises en situation qui bousculent, on y découvre des thématiques qui résonnent. Et entre tout ça, une énergie commune : celle de faire partie de quelque chose de plus grand.
Petit à petit, les liens du groupe se resserrent
On apprend à fonctionner ensemble, à se faire confiance. On aborde d’autres réalités encore, comme les migrations, pour comprendre ce qui se joue derrière les récits qu’on entend. On prépare aussi ce que l’on va emmener : des animations, des jeux, des manières de raconter la Belgique sans la figer.
Et sans trop s’en rendre compte, chacun.e commence déjà à changer de place.
Puis vient un second temps fort, en janvier. Un week-end pour se retrouver autrement, hors du rythme habituel. Cette fois, il ne s’agit plus seulement de comprendre le monde, mais de faire groupe, pleinement. Les liens se resserrent, les dynamiques s’affinent, chacun.e trouve davantage sa place.
On y aborde les inégalités mondiales avec un regard plus ancré, plus collectif. On prend aussi le temps de créer ensemble, de laisser une trace commune avant le départ. Et surtout, on s’entraîne à être ensemble, vraiment. À s’écouter, à se coordonner, à avancer dans une même direction.
Et sans trop s’en rendre compte, chacun.e commence déjà à changer de place.
Puis vient un second temps fort, en janvier. Un week-end pour se retrouver autrement, hors du rythme habituel. Cette fois, il ne s’agit plus seulement de comprendre le monde, mais de faire groupe, pleinement. Les liens se resserrent, les dynamiques s’affinent, chacun.e trouve davantage sa place.
On y aborde les inégalités mondiales avec un regard plus ancré, plus collectif. On prend aussi le temps de créer ensemble, de laisser une trace commune avant le départ. Et surtout, on s’entraîne à être ensemble, vraiment. À s’écouter, à se coordonner, à avancer dans une même direction.
Et sans trop s’en rendre compte, chacun.e commence déjà à changer de place.
Puis arrive ce dernier moment avant le départ. Celui de février. Un peu différent des autres.
Cette fois, tout se rassemble. On finalise, on ajuste, on peaufine. Qui emmène quoi, qui raconte quoi, comment on va se présenter là-bas, comment on va expliquer ce projet à celles et ceux qui n’y seront pas. Les mots commencent à se poser, plus clairement. Pour la première fois, le groupe raconte son propre chemin, devant les parents, devant d’autres regards.
Et enfin, il y a la rencontre avec une culture qui se rapproche déjà. Une rencontre avec Mamadou et sa Kora. Des sons, des récits, une musique qui intrigue, qui attire. Les questions fusent, la curiosité s’aiguise. On ne connaît pas encore, mais on se sent prêt.e à accueillir.
C’est aussi le moment de mesurer une première fois le chemin parcouru. Ce qu’on a appris, ce qu’on a compris, ce qui a bougé. Rien n’est totalement figé, mais tout est déjà en mouvement.
Le départ n’est plus une idée. Il devient imminent.
Le départ arrive presque sans prévenir.
Et puis, il y a l’arrivée.
Le Sénégal se découvre par fragments. Dans les premiers échanges, dans les regards, dans les silences aussi. Très vite, une autre temporalité s’impose. Les journées ne s’enchaînent pas, elles se vivent.
Il y a les activités à la ferme, les gestes répétés, les apprentissages concrets. Travailler la terre, transformer, comprendre autrement. Il y a les discussions qui naissent sans cadre, les soirées où les cultures se racontent en musique, en jeux, en scènes improvisées. Rien n’est figé, tout circule.
Les échanges prennent mille formes. Une après-midi belge, une présentation sénégalaise, des chants qui se répondent. On parle de traditions, de croyances, de quotidien. On ne cherche pas à convaincre, mais à comprendre.
Et puis, au cœur de la rencontre, une autre manière de regarder s’invite.
Des appareils photos argentiques passent de main en main. Peu de prises, pas de retour immédiat. Alors il faut ralentir. Observer vraiment. Choisir ce que l’on veut garder, que l’on veut raconter, leur narre Olivier, artiste photographe qui accompagne ce groupe en mouvement. Chaque image devient une décision, presque une prise de position. Des petits groupes se forment autour d’un fil rouge à inventer. Qu’est-ce qui nous relie ? Qu’est-ce qu’on veut laisser comme trace de cette rencontre ? Les réponses ne sont jamais évidentes, mais elles se construisent ensemble, dans les discussions, dans les hésitations.
Le séjour avance, et quelque chose se déplace.
Il y a des moments marquants, évidents. Une traversée dans la boue où l’entraide devient réflexe. Un repas partagé qui prend une autre dimension. Une soirée où plus rien ne semble forcé.
Et puis il y a les moments plus discrets. Ceux qu’on n’explique pas facilement. Un regard échangé. Une compréhension soudaine. Une sensation d’être à sa place, autrement.
Et comme si cela ne suffisait pas, un autre défi traverse le séjour.
Rencontrer l’autre, vraiment.
Au hasard, d’abord. Puis avec intention. Chacun.e avance en duo, apprend à connaître, à écouter, à comprendre. Jusqu’à pouvoir, à la fin, parler en “je” pour l’autre. Offrir un récit, une éloge, un regard qui dépasse le sien.
On pourrait tout détailler. Les visites, les activités, les découvertes. Mais ce serait passer à côté de l’essentiel.
Parce que ce qui reste, ce n’est pas seulement ce qui a été vécu.
C’est la manière dont ça a transformé celles et ceux qui y étaient.
Les photos argentiques, elles, ne sont pas encore visibles. Elles attendent d’être révélées, quelque part entre mémoire et oubli. Comme si l’histoire continuait, encore un peu, pour être révélé qu’après avoir été pleinement savourée.
Et peut-être que le vrai voyage est là.
Dans cette façon nouvelle de regarder.
Le monde, les autres, et soi-même.





